Blue Zones : où vit-on le plus longtemps ?

Un article paru dans la revue scientifique Gérontologie et société, 
en novembre 2016, revient sur le concept de Blue Zones, des zones où 
la population partage un même mode de vie et un même environnement 
et montre une longévité exceptionnelle, scientifiquement validée. 
À ce jour, quatre Blue Zones ont été identifiées dans le monde.

De nombreuses études s’intéressent aux centenaires, considérant ceux-ci comme des exemples d’un vieillissement en bonne santé. Au cours d’une réunion de chercheurs contribuant à l’International Database On Longevity(1) qui s’est tenue à Montpellier en octobre 1999, un médecin sarde, Gianni Pes, évoque une longévité exceptionnelle en Sardaigne. Le démo- graphe belge, Michel Poulain, est alors chargé en 2000, en collaboration avec Gianni Pes, de valider l’âge des centenaires sardes. Michel Poulain et Gianni Pes inscrivent sur une carte de Sardaigne, au marqueur bleu, chaque village comportant des centenaires (d’où le terme de Blue Zone). Ils remarquent dès lors une aire dans laquelle la population fait preuve d’une longévité exceptionnelle par rapport au reste de la Sardaigne (et du monde). La première Blue Zone est ainsi identifiée. Elle se situe autour de Punta la Marmora, le plus haut sommet de Sardaigne, à cheval sur les régions de l’Ogliastra et la Barbagia. Elle couvre 15 villages et 40 000 habitants. Fait marquant, le nombre d’hommes et de femmes centenaires y est similaire.
À partir de 2005, le concept est étendu à d’autres régions du monde : tout d’abord à Okinawa, île japonaise dans laquelle on dénombre près d’un millier de centenaires pour une population de 1,3 million d’habitants et 8 fois plus de centenaires femmes par rapport aux hommes. En 2007, des enquêtes de terrain permettent de déterminer une troisième Blue Zone sur la presqu’île montagneuse de Nicoya au Costa Rica. Puis une quatrième est identifiée en 2009 sur l’île montagneuse d’Ikaria en Grèce peuplée par à peine plus de 8 000 habitants, restée en dehors des circuits touristiques.

Les secrets de cette longévité ?

L’étude comparée des populations de ces quatre Blue Zones devrait permettre, à terme, d’identifier les déterminants de cette longévité exceptionnelle. Les investigations scientifiques n’en sont qu’à leurs prémices. Parmi les facteurs potentiellement favorables à la longévité, la vie en altitude et la variabilité du relief sont des caractéristiques rencontrées dans trois des quatre Blue Zones. Autres traits communs, ces populations sont socio-économiquement moins développées que le reste du pays concerné, leur style de vie plus traditionnel et proche de la nature. Elles consomment beaucoup d’aliments produits localement (non dérivés de l’industrie agroalimentaire), ont une activité physique naturelle au-delà de 80 ans et bénéficient d’une bonne qualité de l’air et de l’eau. Peu enclines au stress ou à la dépression, elles entretiennent des liens familiaux et des relations sociales très étroites à l’échelle communautaire.

Un projet communautaire

En 2009, un projet pilote – le Blue Zones Community Project – est lancé à Albert Lea dans le Minnesota. Son objectif : transférer les leçons des Blue Zones à l’échelle de communautés locales afin d’améliorer l’état de santé et le bien-être de ces populations. Depuis, d’autres projets similaires ont vu le jour, principalement aux États-Unis. Des indicateurs pertinents devront être développés pour évaluer le bien-fondé de ces projets et l’efficacité des actions mises en œuvre.

(1) Base de données internationale sur la longévité.

POUR EN SAVOIR PLUS

Michel Poulain, Anne Herm, Gianni Pes, Blue Zones : aires de longévité exceptionnelle de par le monde, Gérontologie et société, 2016/3 (vol. 38 / n° 151), p. 55-70. http://www.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe-2016-3-page-55.htm

CHIFFRE CLÉ

De 0,5 à 1 million
C’est le nombre estimé de centenaires dans le monde avec 5 femmes centenaires par homme centenaire.
Source : Herm, Cheung et Poulain, 2012

DES FAITS IRRÉFUTABLES

La validation des âges des centenaires est, pour les démographes, un prérequis essentiel pour toute étude les concernant. Des règles strictes ont été élaborées par les responsables de l’International Database on Longevity afin qu’il n’y ait aucun doute sur l’âge exact des personnes, ni sur les résultats scientifiques des études réalisées.