Finlande, une organisation originale du système de retraite

L’Alliance des pensions finlandaise (Tela) représente les intérêts de la retraite légalement obligatoire, partiellement financée en capitalisation. Suvi-Anne Siimes, directrice générale de Tela, explique quelques particularités de gestion du régime finlandais.

Comment la retraite obligatoire est-elle financée en Finlande ?

Suvi-Anne Siimes: Une part de la retraite obligatoire est garantie sur critère de résidence. Elle est réduite en fonction de la deuxième part de retraite qui est, elle, liée aux cotisations versées au cours de la carrière. Le régime de retraite des salariés fonctionne partiellement en capitalisation ; le régime des fonctionnaires, entièrement en répartition, détient un niveau de réserves propre à éviter les hausses de cotisations futures. Les salariés du privé contribuent à hauteur de 5,55 % de leur salaire (sans plafond) jusqu’à 53 ans, puis à hauteur de 7,05 %(1). Dès la mise en place, en 1962, d’un étage contributif dans le système de retraite, une part des cotisations des salariés (25 %) a été consacrée au préfinancement en capi-talisation, le reste (75 %) permettant de financer en répartition les pensions en cours. Depuis, de nombreuses réformes paramétriques ont été décidées mais le principe demeure d’un mixte capitalisation-répartition. La partie contributive des retraites de base, obli- gatoire, est régie par la loi sur tous les aspects de gouvernance, de niveau de cotisations, de solvabilité, etc.

Quel est le rôle des partenaires sociaux dans le système de retraite finlandais ?

S.-A. S.: Les réformes du système sont votées par le Parlement après une négociation entre le gouvernement et les partenaires sociaux. Le Centre finlandais pour les retraites, au sein duquel les partenaires sociaux sont présents, est associé aux travaux techniques, dans le processus de négociations. C’est également lui qui coordonne les différents opérateurs de retraite des secteurs privé et public : compagnies d’assurance, régimes spéciaux, régimes du secteur public, fonds de pension d’entreprise ou de branche. Ce qui permet à l’assuré de ne faire qu’une seule demande de retraite et de n’avoir qu’un seul paiement, quel que soit le nombre d’opérateurs ayant géré la part contributive de sa retraite au cours de sa carrière. La gestion des retraites est en effet décentralisée (voir encadré Repères), sous le contrôle de l’Autorité de surveillance financière finlandaise. Les règles de fonctionnement diffèrent selon le secteur mais, dans tous les cas, les opérateurs doivent mettre en œuvre une gouvernance prévoyant l’implication des bénéficiaires du régime, à savoir les employeurs et les assurés. Pour les compagnies d’assurance, l’assemblée générale des actionnaires nomme les membres du conseil de surveillance qui lui-même désigne les administrateurs siégeant au directoire. Mais une moitié des administrateurs doivent être choisis parmi des représentants mandatés par les organisations syndicales d’employeurs et de salariés qui, à parts égales, représentent au moins la moitié des sièges d’administrateurs au conseil de surveillance et au directoire. Quant aux fonds de pension d’entreprise, ils sont dirigés par des représentants des salariés et des employeurs, la majorité étant accordée aux employeurs. Enfin, les fonds de pension de branche sont strictement paritaires.

Comment les opérateurs sont-ils choisis?

S.-A. S.: Dans le secteur privé, employeurs et indépendants peuvent librement choisir parmi des opérateurs agréés : les différents opérateurs, bien qu’ils gèrent le même dispositif de retraite fixé par la loi, sont soumis aux règles de la concurrence. L’objet de la concurrence vise l’efficience de gestion et la performance des placements sur la partie capitalisée des cotisations. Une partie des cotisations peut d’ailleurs être retournée aux employeurs, en cas de performance élevée. Des règles de solvabilité sont fixées au niveau national, en lien avec les partenaires sociaux ; en cas d’insolvabilité, les engagements sont mis à la charge de la communauté des opérateurs. En pratique, le choix des opérateurs et le changement d’opérateurs par une entreprise peut s’opérer quatre fois par an mais le turnover, publié chaque année par Tela, est assez faible. L’action sociale développée par les organismes gestionnaires de retraite constitue un autre élément différenciant. Les services liés à l’allongement des carrières et à la réhabilitation professionnelle sont considérés comme des points majeurs d’attention pour la maîtrise des dépenses de pension en Finlande.

Quels sont les outils mis à disposition des Finlandais pour exercer leur choix d’âge de départ en retraite?

S.-A. S.: La réforme de 2005 a conduit à passer d’un âge de retraite unique à 65 ans à un âge de retraite flexible, entre 63 et 68 ans. Des incitations financières ont été mises en place. Le projet de réforme à venir pour 2017 maintient ce principe de flexibilité en repoussant la « fenêtre » à 65-70 ans sur une période de transition assez longue et en prévoyant de resserrer le lien avec l’espérance de vie. Le projet prévoit que le coefficient lié à l’espérance de vie soit rendu plus visible par la détermination d’un âge cible de retraite pour chaque cohorte dans les cinq années précédant l’âge d’ouverture de la retraite. Ces dispositifs d’incitation à différer l’âge de la retraite et de calcul, dépendant de l’espérance de vie, exigent une communication de premier niveau, et à jour, afin de permettre aux citoyens de prendre leur décision en connaissance de cause. L’information sur les droits à retraite et l’estimation des montants futurs de retraite relèvent de la responsabilité de chaque opérateur (voir encadré Focus).

REPÈRES

Trente institutions non lucratives sont actuellement agréées pour gérer la part contributive de la retraite obligatoire du secteur privé et du secteur public en Finlande. Les institutions concentrent au total 180 milliards d’euros d’actifs environ. S’agissant de la gestion de la retraite des salariés du secteur privé, ce sont principalement des institutions d’assurance qui dominent le secteur, et notamment Varma et Ilmarinen.

(1) L’employeur verse une cotisation retraite à hauteur de 5,70 % du salaire pour les salariés de moins de 53 ans, et de 7,20 % pour les 53 ans et plus, ce qui permet de financer des dispositifs de réhabilitation visant à maintenir en emploi les plus âgés.