Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences : vers une mobilité orientée

Les transformations qui touchent le secteur de la retraite complémentaire impliquent d’importantes évolutions des métiers et des compétences. Véronique Amram, directeur Gestion et Relation clients Retraite chez Malakoff Médéric, et Ludovic Lézier, directeur des Ressources humaines chez Humanis, nous livrent leur analyse.

L’accord relatif à la Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) du 30 septembre 2014 fait de la mobilité professionnelle un enjeu fort pour les années à venir. Pour quelles raisons ?

Ludovic Lézier : Nous vivons dans un environnement mouvant, marqué par de très fortes évolutions dans les domaines de la santé et des systèmes d’information – notamment de l’Usine Retraite – qui touchent l’ensemble des groupes de protection sociale. Tout cela nous conduit à faire évoluer nos structures, nos organisations et nos compétences. Avec deux objectifs majeurs : la satisfaction client et la maîtrise de nos coûts. Les salariés accompagnent ce mouvement pourvu que le cadre soit suffisamment sécurisant. Les accords comme celui de la GPEC sont là pour les aider à changer de métier, à se former, à faire preuve d’une certaine forme d’adaptabilité.
Véronique Amram : Engagée depuis déjà quelques années, la transformation du secteur de la retraite s’accélère et s’intensifie. Il y a des raisons « exogènes ». On peut parler des évolutions réglementaires au niveau national ou européen. Il y a aussi des raisons sociétales, avec l’émergence du numérique qui change nos modes de communication. Sans oublier les mutations de la retraite complémentaire face aux enjeux fédéraux qui sont les nôtres : maintenir l’équilibre des régimes et nous adapter aux attentes de nos clients. Tout cela concourt à l’évolution de nos métiers, que nous devons anticiper et accompagner.

Quels sont selon vous les freins à la mobilité et les moyens de les dépasser ?

L. L. : Premièrement, il est essentiel d’avoir une vision prospective à deux ou trois ans sur les métiers et les compétences. Deuxièmement, l’information doit être partagée par l’ensemble des acteurs : les managers, les managers de proximité, les salariés des groupes... Troisièmement, il faut une information complète à tout moment, sur les offres disponibles. Quand un poste se libère dans un des groupes, un site ou un territoire, chacun doit pouvoir se positionner. Il existe aussi des freins réglementaires : notre convention collective de branche peut, par exemple, conduire à rigidifier les mobilités. Les accords d’entreprise permettent de les assouplir. Cela a plutôt bien fonctionné au sein d’Humanis. Par ailleurs, le management joue un rôle essentiel et il faut lui donner les moyens d’exercer pleinement sa responsabilité.
V. A. : Les réticences peuvent être les symptômes d’une absence de prise de conscience ou d’une peur du changement. Dans les deux cas, notre responsabilité est d’abord d’expliquer les choses, dans la transparence. C’est fondamental. Nous devons également anticiper ces évolutions grâce à l’accompagnement et à la formation et communiquer sur des mobilités déjà opérées au sein des différents groupes. La pierre angulaire de ce dispositif est le manager de proximité : c’est lui qui va accompagner le collaborateur et qui joue le rôle de fédérateur et de modérateur. Chez Malakoff Médéric, nous avons commencé à travailler sur les anticipations de métiers.

Quelles sont les grandes transformations des métiers et des compétences déjà identifiées ?

L. L. : Tous les métiers qui relèvent du conseil et du pilotage et permettent l’accompagnement à la transformation (contrôle interne, audit, actuariat, ressources humaines, organisation qualité...) sont en fort développement. Viennent ensuite les évolutions liées à la digitalisation des groupes de protection sociale, avec un double enjeu : l’anticipation des impacts directs sur nos métiers ; la nécessité d’apporter à chaque collaborateur un socle de compétences digitales minimal pour pouvoir évoluer demain. Viennent enfin toutes les compétences liées à la relation client, qui est l’un de nos objectifs majeurs.
V. A. : Les transformations auxquelles nous faisons face vont permettre de simplifier notre activité. Les métiers de demain seront davantage axés sur le conseil, l’expertise, le contrôle, et c’est dans cette direction que nous allons investir. Chez Malakoff Médéric, nous travaillons sur la transformation des métiers à l’horizon 2018-2019. Nous sommes en train d’établir une feuille de route partagée avec les ressources humaines afin qu’elles puissent, le plus en amont possible, évaluer les impacts de ces transformations et concevoir un plan d’accompagnement global.

Comment s’articulent l’accord GPEC conclu le 30 septembre 2014 dans la branche professionnelle et la GPEC mise en place dans votre groupe ?

L. L. : Par ses accords, la branche nous permet de mieux comprendre notre environnement. Les groupes ont parfois des problématiques qu’ils peuvent partager ou mutualiser sur les questions d’emploi. La branche joue alors un rôle de facilitateur. Les accords GPEC au sein des groupes viennent en complémentarité de l’accord GPEC de la branche. L’accord de branche a notamment prévu un observatoire national des emplois et des compétences au niveau national et par territoire. De son côté, Humanis a mis en place son propre observatoire paritaire de l’emploi : il tire tout le bénéfice des études prospectives faites par la branche pour les décliner à sa propre réalité. Nous avons ainsi une vision sur l’évolution des emplois à l’horizon 2018, par site et par territoire.
V. A. : La GPEC mise en place au niveau de notre groupe ne peut suffire à faire face aux nombreux enjeux que nous venons d’évoquer. Nous avons besoin de nous appuyer sur une GPEC fédérale, elle-même adossée aux GPEC de l’ensemble des groupes de protection sociale. Nous sommes confrontés à une problématique très concrète. Notre implantation régionale est assez éclatée. Par rapport à l’évolution de la pyramide des âges, nous avons besoin de faire le point sur certaines activités en région : à un moment donné, cela peut avoir un sens de pouvoir travailler avec d’autres groupes de protection sociale sur une GPEC fédérale.

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