OCDE : les retraites « à la carte » sont peu utilisées

Le rapport biannuel de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) recense les réformes des retraites intervenues au cours des deux dernières années dans les États membres(1). L’édition 2017 met en exergue les dispositifs de retraite « à la carte » mis en place dans la plupart des systèmes : des dispositifs souvent salués mais peu utilisés.

Dans les pays de l’OCDE, l’idée de proposer des règles de retraite plus souples refait surface dans le débat public : plus souples en permettant de cumuler un travail, le cas échéant à temps partiel, en touchant sa retraite plus tôt ; plus souples également en proposant de partir plus tard avec des prestations majorées. L’OCDE constate que, dans la plupart des systèmes nationaux, une retraite flexible est possible avec différentes options de départ, mais qu’elle est en réalité peu utilisée. Avec un âge effectif moyen de retraite à 64,4 ans dans les États membres, les retraités sont seulement 10 % à combiner un emploi et un revenu de retraite ; quant à la part des travailleurs de plus de 65 ans travaillant à temps partiel, elle demeure en moyenne au même niveau depuis quinze ans.

Les causes du désintérêt

Dans certains cas, le dispositif lui-même est financièrement peu incitatif : pas de bonus significatif en cas de report de l’âge, pas d’acquisition de droits supplémentaires en cas de cumul avec un emploi, ou un plafond de cumul de revenus retraite-emploi. Mais, plus généralement, l’OCDE pointe un ensemble d’obstacles relevant des politiques du marché du travail qui, dans de nombreux pays, demeurent peu innovantes pour l’emploi des actifs de plus de 55 ans (bien que le taux d’emploi des personnes âgées de 55 à 64 ans ait augmenté de 14 points depuis 2000, bien au-delà de celui des personnes âgées de 25 à 54 ans). Dans le débat public, les deux faces de la médaille sont aussi exposées alternativement :

  • l’une, positive, mettant en lumière le bien-être des personnes invitées à combiner travail et pension, et éventuellement à choisir de travailler plus longtemps pour augmenter leurs revenus de retraite futurs ;
  • l’autre, négative, mettant l’accent sur les difficultés à maintenir en emploi des travailleurs âgés, et pointant également des considérations d’équité : d’un côté, les risques pris par des personnes mal informées, sous-estimant leurs besoins financiers à la retraite et exposées à la pauvreté en partant trop tôt avec une pension réduite ; de l’autre, à l’inverse, des dispositifs profitant davantage à des personnes disposant de droits à retraite déjà élevés.

Plus prosaïquement, l’OCDE évoque les effets d’un défaut d’information personnalisée qui conduit autant les entreprises que les individus à se désintéresser des dispositifs de retraite flexibles, dont les impacts précis ne sont pas préfournis, ni leurs conditions et modalités bien éclairées (ainsi, le dispositif de retraite progressive en France qui n’a concerné que 0,08 % des retraités en 2016).

(1) Les pays membres de l’OCDE sont :

  • des pays de l’espace européen (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Estonie, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Lettonie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Slovénie, Royaume-Uni, Suède, Suisse) ;
  • l’Australie, le Canada, le Chili, la Corée, les États-Unis, Israël, le Japon, le Mexique, la Nouvelle-Zélande et la Turquie.

Repères

Des retraités français privilégiés

Selon la modélisation OCDE, les Français sont ceux qui partent le plus tôt en retraite (en moyenne à 60,2 ans, contre 64,4 ans pour l’OCDE) et qui en bénéficient le plus longtemps (23,6 ans en moyenne pour les hommes, contre 18,1 ans en moyenne dans l’OCDE). La situation actuelle favorable des retraités français, qui bénéficient aujourd’hui d’une pension sans décote à l’âge de 61,6 ans (contre 63,9 ans en moyenne dans l’OCDE), doit rejoindre la moyenne OCDE d’ici à 2035 : l’âge moyen passera à 64 ans sous l’effet des règles d’allongement de la durée d’assurance, à 43 ans, pour une retraite complète, ainsi que des dispositifs de bonus-malus de la retraite complémentaire.

Source : Pensions at a Glance 2017 : OECD and G20 Indicators.

Chiffres clés :

43 %

Au Japon, 43 % des personnes interrogées aspirent à continuer à travailler après leur retraite.

15 %

Seuls 15 % des personnes interrogées en France envisagent cette option.

Source : Aegon Center for Longevity and Retirement, 2015.