Salarié ou indépendant : une question de métiers ?

Depuis trente ans, les contrats courts et le non-salariat s’étendent à certains métiers plus qu’à d’autres. « À chacun son métier, et donc son statut d’emploi ». Telle pourrait être la conclusion de la note d’analyse réalisée par Cécile Jolly et Jean Flamand pour France Stratégie.

Entre 1984 et 2014, les formes alternatives aux contrats à durée illimitée(1) (CDI), le non-salariat et les contrats à durée limitée(2) (CDL), s’étendent de façon hétérogène selon les professions. Certains métiers proposent ainsi la stabilité quand d’autres, à l’inverse, offrent l’intermittence.

Pour définir ce lien entre statut d’emploi et métiers, la note d’analyse publiée par France Stratégie, en septembre dernier, propose une typologie en quatre classes : « permanents », « intermittents », « indépendants traditionnels », « free-lances et néo-artisans » (voir encadré). Elle s’appuie sur deux cartographies croisant les critères discriminants suivants :

  • la part de l’emploi salarié (CDI et CDL) et non salarié par métier en 2014 et l’écart par rapport à la moyenne nationale ;
  • l’évolution de chaque statut d’emploi (non salarié, CDL et CDI/fonctionnaires) par métier, mesurée par un taux de croissance annuel moyen entre 1984 et 2014.

Le salariat reste largement prédominant

Entre 1984 et 2014, l’emploi salarié progresse plus vite que l’emploi total en raison notamment de l’essor des CDL. En 2014, le salariat représente ainsi 89 % des emplois (77 % en CDI et 12 % en CDL). Il concerne principalement les classes de métiers des « permanents » et des « intermittents ».  Dans la catégorie des « permanents », les CDI représentent près de 90 % de l’emploi, et les CDL (près de 8 %) y progressent modérément en trente ans (+ 0,2 % par an).  D’autres métiers recourent davantage aux CDL, ce sont les « intermittents » (près de 22 % des emplois, contre 12 % en moyenne), même si le CDI reste majoritaire (près de 77 %). Ils représentent 28 % de l’emploi total en 2014 et se caractérisent par un recul des emplois en CDI au profit des CDL, entre 1984 et 2014 (respectivement - 0,1 % par an et + 2,4 % par an). Ces emplois « flexibles » (CDD, intérim, sous-traitance) se sont diffusés en réponse à la volatilité de la demande, à la saisonnalité de l’activité et à la fréquence du turnover. Ils concernent également aujourd’hui des métiers de services, majoritairement en CDI il y a trente ans : les agents administratifs gérant les factures, la paie et les opérateurs informatiques.

Le nouveau visage des indépendants

En trente ans, le non-salariat a reculé (- 0,9 % par an), passant de 17 % de l’emploi total en 1984 à 11 % en 2014. Deux classes de métiers sont principalement concernées par ce statut : les « indépendants traditionnels » et les « free-lances et néo-artisans ».  Chez les « indépendants traditionnels » (13 % de l’emploi total), près d’un emploi sur deux est non salarié (plus de 48 %, contre 11 % en moyenne). Mais l’indépendance statutaire a diminué entre 1984 et 2014 (- 2 % par an) au profit des emplois salariés (+ 0,7 % par an de CDI et + 1,8 % de CDL). Ce déclin touche nombre de professions traditionnellement indépendantes : agriculteurs, patrons de commerce-hôtel-restaurant, professions libérales, dirigeants d’entreprise, cadres de la banque et de l’assurance et certains artisans.  Le déclin des indépendants s’accompagne de l’émergence des « free-lances et néo-artisans », à la faveur notamment du statut de micro-entrepreneur. Ce groupe concentre 12 % de l’emploi total en 2014. L’emploi salarié domine dans ces professions avec près de 61 % d’emplois en CDI et plus de 12 % en CDL. Le statut d’indépendant y est minoritaire (près de 27 %) mais son niveau, supérieur à celui de l’ensemble (11 %), est en forte croissance (+ 4 % par an entre 2005 et 2014). Ces nouveaux indépendants ont la particularité de travailler seuls : 74 % n’emploient aucun salarié en 2014.

Le niveau de qualification, déterminant dans le statut d’emploi 

Si le statut d’emploi est fonction du métier, il est aussi révélateur du niveau de qualification. Ainsi, les CDL restent très concentrés sur les métiers d’ouvriers principalement peu qualifiés : un ouvrier peu qualifié sur trois est employé en CDL en 2014, soit trois fois plus que pour l’ensemble. À l’opposé, les cadres sont majoritairement en CDI : 82 % d’entre eux en 2014. Cette proportion supérieure à la moyenne (75 %) est très stable dans le temps.

Pour en savoir +

France Stratégie, Note d’analyse n° 60, septembre 2017.

www.strategie.gouv.fr/sites/strategie.gouv.fr/files/atoms/files/na-60-salaries-independants-web.pdf

(1) La notion de CDI est utilisée pour caractériser l’emploi permanent des salariés du secteur privé et du secteur public (fonctionnaires et assimilés).
(2) Les contrats à durée limitée (CDL) comprennent l’intérim et les CDD (y compris apprentis, stagiaires et contrats aidés).