Synthèse du colloque du COR: les âges de départ à la retraite

L’âge de départ en retraite est l’une des variables de pilotage du système de retraite en tant que déterminant du rapport entre nombre de retraités et nombre de cotisants. Cette variable a toujours été au cœur des débats dans les réformes engagées depuis 1993. Le colloque du Conseil d’orientation des retraites (COR) du 2 décembre 2015 lui était consacré.

Dans un premier temps, les intervenants sont revenus sur les réformes engagées depuis 1993 pour reculer l’âge effectif auquel les personnes partent à la retraite(1) (voir encadré p. 29). Selon Cindy Duc, adjointe au chef du bureau retraites de la Drees, si la législation en vigueur avant 1993 était restée inchangée, l’âge moyen de départ en retraite serait passé de 60,5 ans pour les hommes nés en 1950 à 62 ans pour ceux nés en 1980, et serait resté stable pour les femmes (61 ans). Avec les réformes mises en œuvre, il atteindrait 65 ans pour les hommes et 64 ans pour les femmes de la génération 1980. Cette augmentation progressive de l’âge moyen de départ à la retraite permettrait de couvrir un tiers du besoin de financement lié au vieillissement démographique, a fait observer Patrick Aubert, secrétaire général adjoint du COR. La hausse des cotisations couvrirait environ 20 % du besoin de financement et la diminution du ratio entre pension moyenne et salaire moyen, entre 30 % et 70 %, ce qui veut dire que le système resterait en déséquilibre ou au contraire en excédent selon les scénarios économiques envisagés (voir encadré ci-dessous).

REPÈRES

Âge de départ en retraite, de quoi parle-t-on ?L’âge de départ en retraite désigne l’âge auquel les personnes partent effectivement en retraite. Il ne faut pas le confondre avec l’âge légal (âge minimum auquel les personnes ont le droit de partir) ou encore l’âge de cessation d’activité (âge auquel les personnes cessent de travailler ou de rechercher un travail s’ils sont chômeurs).

Des départs anticipés

Mais des changements de règles trop fréquents peuvent poser question, comme l’a souligné Yves Guégano, secrétaire général du COR. S’ils sont trop proches de l’âge de départ en retraite d’une génération, ils peuvent provoquer des départs anticipés par crainte d’une modification des règles défavorable. Isabelle Bridenne, responsable des études à la Caisse des dépôts, a illustré cet effet en remarquant qu’entre 2010 et 2011, la fin du dispositif spécifique de départ anticipé dans la fonction publique pour les parents d’au moins trois enfants avait eu pour première conséquence une progression de 17 % des départs en retraite, les assurés ayant anticipé la fermeture du dispositif. Afin d’éviter ces effets inverses à la volonté du législateur, Yves Guégano a rappelé que les réformes sont maintenant élaborées selon un principe générationnel : les paramètres sont définis selon l’année de naissance des assurés et ne sont plus modifiés, une fois passé l’âge minimum de départ de cette génération. Quelques changements législatifs récents ont toutefois dérogé à ce principe. Ainsi, les règles ont été modifiées plusieurs fois pour les assurés du régime général nés en 1953 : une première fois, alors que ces assurés avaient 57 ans, la réforme de 2010 a porté leur âge d’ouverture des droits à 61 ans, puis à 61 ans et 2 mois, fin 2011. Enfin, mi-2012, année de leurs 59 ans, le « décret Hollande » a étendu la possibilité de départ pour carrière longue avant leurs 62 ans.

Impact sur la crédibilité de l’information

Ces modifications rapprochées posent également un problème dans la mise en œuvre du droit à l’information instauré par la loi du 10 août 2003. Comme l’a noté Florence Barat-Payraud, secrétaire générale du GIP Union Retraite, même si les trois quarts des assurés s’estiment aujourd’hui bien informés sur leur future retraite, les changements nuisent à la crédibilité de l’information fournie. Ainsi, les deux tiers des assurés ayant reçu un document en 2014 estimaient que les informations communiquées sur leurs droits actuels à la retraite pourraient être modifiées en fonction d’éléments futurs indépendants de leur volonté. Enfin, il ne faut pas confondre âge de départ à la retraite et comportement de départ, qui fait référence aux processus qui déterminent le moment où les assurés liquident leurs droits à la retraite et qui dépendent de facteurs divers.

Les motifs de départ

L’enquête Motivations de départ à la retraite, réalisée auprès des nouveaux retraités du régime général et de la fonction publique de 2012-2013, permet dans ce cadre de mieux connaître les divers motifs influençant la décision de départ à la retraite. Premier constat exposé par Romain Lesur, chef du bureau financier et des statistiques du Service des retraites de l’État : l’âge idéal de départ en retraite, déclaré par les enquêtés, est en moyenne fixé à 60 ans et 7 mois pour les assurés du régime général, à 60 ans et 11 mois pour les ex-fonctionnaires sédentaires et à 57 ans et 3 mois pour les ex-fonctionnaires de catégorie active. Ces écarts reflètent les écarts des âges légaux, ce qui montre que la réglementation est fortement intériorisée par les retraités interrogés. Deuxième constat : les motivations de départ en retraite sont globalement proches entre les salariés du privé encore en emploi juste avant la retraite et les fonctionnaires sédentaires (hors invalidité). Dans plus de 90 % des cas, ces motifs sont liés aux droits à pension. Autres motifs évoqués : vouloir profiter le plus longtemps possible de la retraite, des raisons de santé, des motifs liés aux conditions de travail (un peu plus pour les salariés du privé), à des contraintes ou à des projets personnels (un peu plus pour les fonctionnaires). À plus de 75 %, les assurés qui ont décalé leur départ en retraite après leur âge du taux plein avancent des motifs non financiers : intérêt du travail, année scolaire à terminer pour les enseignants, etc.

OUTIL INTERACTIF

Le simulateur du CORLe colloque du 2 décembre 2015 a été l’occasion pour le COR de présenter un nouvel outil interactif. Celui-ci permet de visualiser les effets de mesures portant sur les trois leviers d’un système de retraite par répartition (âge, niveau relatif des pensions et hausse des cotisations), sur son équilibre financier à l’horizon 2060. En choisissant son propre dosage, l’internaute simule ainsi sa propre réforme et peut visualiser ses effets sur la situation des retraités en termes de niveau de vie et de durée de vie passée à la retraite.

Voir le simulateur

Voir l’interview filmée d’Yves Guégano, secrétaire général du COR

(1) D’abord en allongeant la durée d’assurance requise pour le taux plein (1993, 2003, 2008, 2010 et 2014), puis en reculant l’âge légal de départ en retraite (2010).